Depuis plusieurs siècles déjà, des événements bizarres se déroulent à l'abbaye de Mortemer. Durant le 20ème siècle, et aujourd'hui encore, de nombreuses personnes furent témoins de phénomènes étranges. Bruits de pas dans les couloirs déserts, coups sourds incompréhensibles semblant provenir des murs, présence invisible terrifiante, objets se trouvant déplacés inexplicablement... On parle de moines fantômes et d'une dame blanche qui seraient responsables de ces manifestations. Qui sont-ils ? Quelle est leur histoire et pourquoi reviennent-ils parmi les vivants ? Chasseur de l'étrange, j'ai tenté d'y voir un peu plus clair en me rendant à l'abbaye. Enquêtant sur l'histoire de ces ruines, je les ai visitées de façon minutieuse et ai interrogé certains témoins pour tenter de reconstituer les différentes scènes s'étant déroulées dans ce lieu hors du temps. Quel terrible et triste secret se cache à l'ombre de ces pierres plusieurs fois centenaires ? Durant mon séjour, j'ai été confronté à l'irrationnel...
Derrière notre prétendue réalité
Se cachent parfois de bien étranges faits.
Vision chimérique
Sortant de l'ombre
Forme fantomatique
Surgie d'outre-tombe,
Voilà ce que peut voir le visiteur téméraire
Le soir venu, s'il s'aventure à Mortemer.
Serait-ce le spectre de Mathilde l'"Emperesse"
Errant dans ces ruines telle une âme en détresse ?
Quel terrible et triste secret,
Recèle cet endroit hors du temps ?
Je vous invite maintenant
A me suivre et à le percer...
Personne ne reste après la tombée de la nuit Il existe des lieux comme figés par le temps. L'abbaye de Mortemer, située dans un écrin de verdure au c½ur de la Normandie, fait partie de ces endroits intemporels. Mais depuis plusieurs siècles déjà et régulièrement, des phénomènes étranges se déroulent à l'abbaye. Je décide de m'y rendre.
Prévenue de mon arrivée, la propriétaire m'accueille à l'entrée du parc, en me précisant qu'elle est à mon entière disposition si j'ai besoin de quoi que ce soit. Je peux y rester le temps que je veux, mais cependant, me précise-t-elle, il n'y aura plus personne à la tombée de la nuit. Car ici, les gens quittent l'abbaye de bonne heure. Pourquoi ? Je n'en saurai pas plus pour l'instant mais son silence, lourd de sens, en dit long...
Devant moi, sur plusieurs hectares, s'étend le domaine de Mortemer. Cette abbaye Cistercienne fondée au 12ème siècle par Henri 1er dit "Beauclerc", 4ème fils de Guillaume le Conquérant, vivait en totale autarcie. Le colombier donnait les pigeons, le vivier les poissons, la vigne le vin de table et de messe, et l'élevage donnait le beurre, le lait et le fromage. Les moines cuisaient eux-mêmes leur pain et leurs hosties.
Au temps de sa splendeur, le monastère accueillit des rois prestigieux tels Richard C½ur de Lion, Philippe Auguste, Charles le Bel et Saint Louis. Cependant, le temps eut raison de l'abbaye. Elle dépérit pendant le siècle des Lumières jusqu'à s'éteindre tragiquement sous la Révolution, dans un bain de sang.
L'endroit est calme, trop calme peut être. Il y règne une sérénité étonnante. Et pourtant, les manifestations surnaturelles y sont si fréquentes que plus personne ne veut y loger. À un point tel que le site est devenu un musée des légendes et des fantômes.
Femmes ensorcelées et ensorcelantes
Effectivement, de nombreuses légendes entourent Mortemer. Mais n'y a-t-il pas dans chaque légende un fond de vérité ? Où finit la réalité ? Où commence le mythe ? Difficile à dire...
Je me tiens à l'orée du bois qui borde l'abbaye. Ici, le 1er janvier 1884. Roger Saboureau, métayer de son état, braconnait dans la forêt de Lyons. Il n'était pas rassuré car se sentant épié, surveillé. Instinctivement, il se retourna et se retrouva face à une louve de belle taille. La peur au ventre, il la blessa mortellement et se sauva en abandonnant la bête. Le lendemain à l'aube, au même endroit, on découvrit, baignant dans son sang, le cadavre de sa femme. C'était une "Garrache", dit-on, une femme ensorcelée qui, sous la forme d'une louve, traverse les campagnes et les forêts, les nuits de pleine lune. Elle était condamnée à errer et à tourner chaque nuit sept fois autour de sept villages.
Entre ces murs chargés d'histoire, se trouve la source Sainte Catherine. Fontaine d'où coule une eau aux propriétés prodigieuses. Depuis longtemps déjà et de tous horizons, les personnes cherchant l'âme s½ur viennent y jeter une épingle à cheveux, et souvent se marient dans l'année. Aujourd'hui encore, comme l'attestent de nombreuses lettres sur place, cette source a gardé son étrange pouvoir et continue de réunir les âmes solitaires à travers le temps... Il arrive parfois que l'on revoit à l'abbaye ces jeunes filles accompagnées de leur nouveau mari...
Un siècle d'histoire... surnaturelle !
À la fin du 19ème siècle, un bourgeois parisien, M. Delarue, se rendit propriétaire de l'abbaye et emménagea avec sa femme, ses deux filles et son fils. Ils allaient certainement vivre, les années les plus éprouvantes de leur vie.
Je me trouve face à la chambre rose. Certainement la pièce la plus intrigante de cet endroit. Quel mystère se trouve derrière cette porte close ? Je décide d'en franchir le seuil... À cet instant même, une étrange sensation envahit tout mon être. Il n'y a personne dans cette pièce et pourtant j'ai l'impression de ne pas être seul. Et cette peinture sur le mur, représentant un bébé au regard étrange qui me fixe bizarrement, provoque en moi un sentiment dérangeant. Je constate que je ne suis pas le premier à avoir éprouvé ce même sentiment...
Un soir, une des filles de M. Delarue, s'installa dans la chambre rose que l'on dit hantée. Alors qu'elle écrivait près de la fenêtre, elle ne put s'empêcher de se retourner et de regarder partout autour d'elle. Ne remarquant rien d'inhabituel, elle se replongea dans son travail. À peine se remit-elle à écrire qu'à son grand étonnement, elle sursauta une nouvelle fois et une nouvelle fois encore. Après avoir fait le tour de la pièce, elle ne remarqua rien d'étrange. Elle reprit son écriture mais, dans le même temps, se leva d'un bond. Effrayée, elle vit se balancer sa cape d'infirmière, accrochée au mur, avant de chuter sur le sol. Comme si quelqu'un ou quelque chose s'en était agrippé au passage. Mais à part elle, il n'y avait personne d'autre dans la pièce. Elle expliqua plus tard qu'elle eut la curieuse sensation d'être observée.
La fiancée de Charles Delarue, le fils, se rappela toute sa vie de sa terrible nuit dans la chambre rose. Au petit matin, elle avoua avoir passé toute la nuit les pincettes de la cheminée à la main, sans avoir pu fermer l'½il. Bruits incompréhensibles, présence invisible, angoisse... Voici ce que fut sa nuit telle qu'elle l'a décrite.
Un soir, la s½ur de Charles reconduisit une amie. A sa grande surprise, elle aperçut une lumière dans l'ancienne bibliothèque. Cette pièce où plus personne ne mettait les pieds était visiblement occupée. Cependant, quand elle parla autour d'elle de cette énigmatique lumière, tous nièrent avoir pénétré dans la bibliothèque située... à côté de la chambre rose. Personne n'était entré dans la pièce, et pourtant un certain soir une lampe s'y était trouvé allumée.
Une autre fois, alors que plusieurs jeunes gens et jeunes filles jouaient au ping-pong au rez-de-chaussée, la porte s'ouvrit lentement mais sûrement. La poignée tournait comme maintenue par une main fantôme. Pétrifié d'effroi, un jeune homme eut quand même le courage de s'en approcher et de regarder dans le couloir. Il n'y avait personne mais il sentit un grand souffle d'air glacé lui caresser le visage.
Parfois, au lever des habitants, les tableaux du couloir du premier étage étaient retrouvés tournés contre le mur. Parfois reposant à terre sans être abîmés. Quelques fois, à l'aurore, les voitures garées sous la remise étaient recouvertes d'une étrange poussière blanche.
La famille Delarue quitta la propriété non sans l'avoir faite exorcisée. Les phénomènes ont cessé quelque temps, mais ont repris de plus belle. Ce qui est somme toute assez logique puisqu'un exorciste combat les démons et non les fantômes. Vous pouvez d'ailleurs admirer à l'Abbaye, une statue assez rare d'un prêtre exorciste.
Depuis maintenant presque quatre décennies, plus personne n'y loge. Le dernier occupant en date, un ouvrier agricole travaillant à l'abbaye, entendait toutes les nuits, entre 23h00 et 05h00, des pas provenant de l'étage supérieur. Bien sûr, quand il montait faire une ronde, il n'y avait pas âme qui vive. Un soir, les manifestations se firent plus vives qu'à l'accoutumé. Le lendemain, il quitta définitivement Mortemer. À la question d'un journaliste qui lui demandait pourquoi, il répondit : "Je n'en peux plus".
Plus récemment, un petit-fils du propriétaire s'intéressant de près au paranormal tenta une expérience. Le soir venu, il ferma toutes les portes de l'abbaye et les scella avec du ruban adhésif. Lui seul avait les clés. Le lendemain matin, il retrouva toutes les portes ouvertes et le ruban adhésif déchiré
Derrière notre prétendue réalité
Se cachent parfois de bien étranges faits.
Vision chimérique
Sortant de l'ombre
Forme fantomatique
Surgie d'outre-tombe,
Voilà ce que peut voir le visiteur téméraire
Le soir venu, s'il s'aventure à Mortemer.
Serait-ce le spectre de Mathilde l'"Emperesse"
Errant dans ces ruines telle une âme en détresse ?
Quel terrible et triste secret,
Recèle cet endroit hors du temps ?
Je vous invite maintenant
A me suivre et à le percer...
Personne ne reste après la tombée de la nuit Il existe des lieux comme figés par le temps. L'abbaye de Mortemer, située dans un écrin de verdure au c½ur de la Normandie, fait partie de ces endroits intemporels. Mais depuis plusieurs siècles déjà et régulièrement, des phénomènes étranges se déroulent à l'abbaye. Je décide de m'y rendre.
Prévenue de mon arrivée, la propriétaire m'accueille à l'entrée du parc, en me précisant qu'elle est à mon entière disposition si j'ai besoin de quoi que ce soit. Je peux y rester le temps que je veux, mais cependant, me précise-t-elle, il n'y aura plus personne à la tombée de la nuit. Car ici, les gens quittent l'abbaye de bonne heure. Pourquoi ? Je n'en saurai pas plus pour l'instant mais son silence, lourd de sens, en dit long...
Devant moi, sur plusieurs hectares, s'étend le domaine de Mortemer. Cette abbaye Cistercienne fondée au 12ème siècle par Henri 1er dit "Beauclerc", 4ème fils de Guillaume le Conquérant, vivait en totale autarcie. Le colombier donnait les pigeons, le vivier les poissons, la vigne le vin de table et de messe, et l'élevage donnait le beurre, le lait et le fromage. Les moines cuisaient eux-mêmes leur pain et leurs hosties.
Au temps de sa splendeur, le monastère accueillit des rois prestigieux tels Richard C½ur de Lion, Philippe Auguste, Charles le Bel et Saint Louis. Cependant, le temps eut raison de l'abbaye. Elle dépérit pendant le siècle des Lumières jusqu'à s'éteindre tragiquement sous la Révolution, dans un bain de sang.
L'endroit est calme, trop calme peut être. Il y règne une sérénité étonnante. Et pourtant, les manifestations surnaturelles y sont si fréquentes que plus personne ne veut y loger. À un point tel que le site est devenu un musée des légendes et des fantômes.
Femmes ensorcelées et ensorcelantes
Effectivement, de nombreuses légendes entourent Mortemer. Mais n'y a-t-il pas dans chaque légende un fond de vérité ? Où finit la réalité ? Où commence le mythe ? Difficile à dire...
Je me tiens à l'orée du bois qui borde l'abbaye. Ici, le 1er janvier 1884. Roger Saboureau, métayer de son état, braconnait dans la forêt de Lyons. Il n'était pas rassuré car se sentant épié, surveillé. Instinctivement, il se retourna et se retrouva face à une louve de belle taille. La peur au ventre, il la blessa mortellement et se sauva en abandonnant la bête. Le lendemain à l'aube, au même endroit, on découvrit, baignant dans son sang, le cadavre de sa femme. C'était une "Garrache", dit-on, une femme ensorcelée qui, sous la forme d'une louve, traverse les campagnes et les forêts, les nuits de pleine lune. Elle était condamnée à errer et à tourner chaque nuit sept fois autour de sept villages.
Entre ces murs chargés d'histoire, se trouve la source Sainte Catherine. Fontaine d'où coule une eau aux propriétés prodigieuses. Depuis longtemps déjà et de tous horizons, les personnes cherchant l'âme s½ur viennent y jeter une épingle à cheveux, et souvent se marient dans l'année. Aujourd'hui encore, comme l'attestent de nombreuses lettres sur place, cette source a gardé son étrange pouvoir et continue de réunir les âmes solitaires à travers le temps... Il arrive parfois que l'on revoit à l'abbaye ces jeunes filles accompagnées de leur nouveau mari...
Un siècle d'histoire... surnaturelle !
À la fin du 19ème siècle, un bourgeois parisien, M. Delarue, se rendit propriétaire de l'abbaye et emménagea avec sa femme, ses deux filles et son fils. Ils allaient certainement vivre, les années les plus éprouvantes de leur vie.
Je me trouve face à la chambre rose. Certainement la pièce la plus intrigante de cet endroit. Quel mystère se trouve derrière cette porte close ? Je décide d'en franchir le seuil... À cet instant même, une étrange sensation envahit tout mon être. Il n'y a personne dans cette pièce et pourtant j'ai l'impression de ne pas être seul. Et cette peinture sur le mur, représentant un bébé au regard étrange qui me fixe bizarrement, provoque en moi un sentiment dérangeant. Je constate que je ne suis pas le premier à avoir éprouvé ce même sentiment...
Un soir, une des filles de M. Delarue, s'installa dans la chambre rose que l'on dit hantée. Alors qu'elle écrivait près de la fenêtre, elle ne put s'empêcher de se retourner et de regarder partout autour d'elle. Ne remarquant rien d'inhabituel, elle se replongea dans son travail. À peine se remit-elle à écrire qu'à son grand étonnement, elle sursauta une nouvelle fois et une nouvelle fois encore. Après avoir fait le tour de la pièce, elle ne remarqua rien d'étrange. Elle reprit son écriture mais, dans le même temps, se leva d'un bond. Effrayée, elle vit se balancer sa cape d'infirmière, accrochée au mur, avant de chuter sur le sol. Comme si quelqu'un ou quelque chose s'en était agrippé au passage. Mais à part elle, il n'y avait personne d'autre dans la pièce. Elle expliqua plus tard qu'elle eut la curieuse sensation d'être observée.
La fiancée de Charles Delarue, le fils, se rappela toute sa vie de sa terrible nuit dans la chambre rose. Au petit matin, elle avoua avoir passé toute la nuit les pincettes de la cheminée à la main, sans avoir pu fermer l'½il. Bruits incompréhensibles, présence invisible, angoisse... Voici ce que fut sa nuit telle qu'elle l'a décrite.
Un soir, la s½ur de Charles reconduisit une amie. A sa grande surprise, elle aperçut une lumière dans l'ancienne bibliothèque. Cette pièce où plus personne ne mettait les pieds était visiblement occupée. Cependant, quand elle parla autour d'elle de cette énigmatique lumière, tous nièrent avoir pénétré dans la bibliothèque située... à côté de la chambre rose. Personne n'était entré dans la pièce, et pourtant un certain soir une lampe s'y était trouvé allumée.
Une autre fois, alors que plusieurs jeunes gens et jeunes filles jouaient au ping-pong au rez-de-chaussée, la porte s'ouvrit lentement mais sûrement. La poignée tournait comme maintenue par une main fantôme. Pétrifié d'effroi, un jeune homme eut quand même le courage de s'en approcher et de regarder dans le couloir. Il n'y avait personne mais il sentit un grand souffle d'air glacé lui caresser le visage.
Parfois, au lever des habitants, les tableaux du couloir du premier étage étaient retrouvés tournés contre le mur. Parfois reposant à terre sans être abîmés. Quelques fois, à l'aurore, les voitures garées sous la remise étaient recouvertes d'une étrange poussière blanche.
La famille Delarue quitta la propriété non sans l'avoir faite exorcisée. Les phénomènes ont cessé quelque temps, mais ont repris de plus belle. Ce qui est somme toute assez logique puisqu'un exorciste combat les démons et non les fantômes. Vous pouvez d'ailleurs admirer à l'Abbaye, une statue assez rare d'un prêtre exorciste.
Depuis maintenant presque quatre décennies, plus personne n'y loge. Le dernier occupant en date, un ouvrier agricole travaillant à l'abbaye, entendait toutes les nuits, entre 23h00 et 05h00, des pas provenant de l'étage supérieur. Bien sûr, quand il montait faire une ronde, il n'y avait pas âme qui vive. Un soir, les manifestations se firent plus vives qu'à l'accoutumé. Le lendemain, il quitta définitivement Mortemer. À la question d'un journaliste qui lui demandait pourquoi, il répondit : "Je n'en peux plus".
Plus récemment, un petit-fils du propriétaire s'intéressant de près au paranormal tenta une expérience. Le soir venu, il ferma toutes les portes de l'abbaye et les scella avec du ruban adhésif. Lui seul avait les clés. Le lendemain matin, il retrouva toutes les portes ouvertes et le ruban adhésif déchiré